Appel de l’anticra à rejoindre la mobilisation contre l’ouverture des Baumettes 3

Ce dimanche 22 février aura lieu une manif (départ 16 h place de la providence) puis un plateau radio de soutien aux prisonnières, à 19H place Caffo. Il nous semblait important de rappeler à cette occasion de rappeler le lien entre l’augmentation des places de la maison d’arrêt des baumettes, et la création de nouvelles places en CRA ainsi que la volonté de criminaliser toujours plus les personnes étrangères. 


Enfermer plus de monde et plus longtemps, en CRA comme en prison  
Comme pour l’ouverture des Baumettes 3, la volonté des ministres de l’Intérieur successifs est d’enfermer toujours plus de personnes. Si les prisons sont surpeuplées, si de nouveaux cra sont construits, cela n’a rien à voir avec l’amélioration des conditions d’enfermement comme ils le prétendent. C’est plus du fait de l’augmentation de la criminalisation: les nouvelles prisons construites sont très vite remplies et aussi surpeuplées qu’avant. Les conditions de détention au CRA et en prison restent les mêmes1


En 2023 l’état francais a annoncé un grand plan d’augmentation des capacités de rétention administrative2 afin d’atteindre 3000 places en 2027 en CRA et 200 places en LRA3. En plus de se multiplier sur le territoire français depuis leur légalisation en 1981, les cra enferment plus longtemps, la durée de rétention légale est passée de 24h en 1981 à 90 jours en 2018. En 2017 on était déjà passé de 1400 à 1869 places en CRA, puis 1959 places en 2024. Désormais il y a 8 nouveaux projets de construction de CRA, notamment à Aix en Provence. Cette logique d’augmentation des places en prison et en CRA s’appuie sur un argumentaire raciste et sécuritaire…


L’insécurité et les politiques répressives autoritaires
L’Etat par ses politiques racistes désigne un ennemi intérieur à traquer, à enfermer, à expulser. Cette haine d’un ennemi à la dangerosité fantasmée est un des piliers du fascisme, qu’elle soit portée par des partis explicitement d’extrême-droite ou par d’autres qui se disent « centristes » et lui ouvrent la voie. 
L’obsession autour de la soi-disant insécurité justifie qu’on déshumanise une population, qu’on lui fasse subir la violence de l’isolement, en taule ou en CRA. A Marseille, on a pu voir récemment les opérations de communication qui, prétendant lutter contre le narcotrafic, sont en réalité des rafles dans les quartiers populaires. 


L’Etat désigne des coupables, alors qu’il est responable des contextes sociaux qui les produisent. En effet, 
-tu es plus incité.e voire contraint.e par tes conditions materielles à commettre des faits répréhensibles quand tu es pauvre;
-la police cible surtout les comportements des pauvres et les personnes racisé.es
-la loi condamne plus sévérement et facilement les crimes des pauvres (le vol, la vente de drogues) que ceux des riches (le détournement de fond)
-les juges punissent plus sévérement les personnes ayant des profils qui ne lui ressemblent pas 
Les sans papiers sont sans doute l’exemple le plus poussé de groupe d’individus dont l’état a décidé qu’ils seraient coupables quoi qu’ils fassent puisqu’il ne leur laisse même pas la possibilité d’être en règle


L’état contraint les demandeureuses de papiers à l’illégalité 
En effet, en privant de liberté de circulation et en imposant les critères qui les arrangent pour obtenir des papiers, l’Etat et ses administrations créent les conditions de l’illégalité. Ils restreignent ainsi les possibilités d’accès au logement, à un contrat de travail, à des soins etc. Ces contraintes, les renouvellements de son titre, ainsi que toute les autres démarches administratives, mais également les contrôles de police incessants, précarisent les personnes exilées au quotidien. 
En outre, elles ont plus de chances d’être délogées, de fréquenter les espaces publics soumis à la surveillance policière, de se retrouver à conduire sans permis… Elles subissent davantage de répression et ont d’autant plus de chances de finir en prison. Une fois devant la justice, leur statut les pénalise encore une fois:  il leur est plus difficile d’avoir accès à un soutien juridique de qualité (interprètes, avocat.es choisi.es…), d’avoir les justificatifs pour éviter la comparution immédiate, et iels doivent également faire face à la discrimination des juges…


Les CRA font partie de l’ensemble carcéral 


Dans les faits le CRA ressemble beaucoup aux autres prisons. Vu de l’extérieur on ne fait pas vraiment la différence: des murs qui se veulent infranchissables faits pour isoler les prisonnier.es, et dedans des conditions matérielles insalubres. Les mêmes fouilles pour les proches qui viennent en parloir et des cours de promenades qui laissent entrevoir un demi-ciel derrière un grillage. 


Enchaîner prison puis CRA 
Beaucoup de prisonnier.es perdent leur titre de  séjour et se voient délivrer une OQTF pendant leur peine. Et à leur sortie iels sont emmené.es directement au CRA parfois même sans avoir été prévenu.es. 
Ce passage en CRA après la prison est quasi systématique, au point qu’à Marseille  en 2024, 47,1 %4 de personnes enfermées en CRA sortent de prison. Il est tout à fait admis que les personnes n’ayant pas les bons papiers sont punies plus sévèrement que les autres : Iels prennent la même peine de prison qu’une autre personne qui aurait commis les mêmes faits, mais en plus iels vont se retrouver enfermé.es en CRA voire vont être expulsé.es. 
En réalité, il n’y a qu’une petite partie parmi les personnes qui n’ont pas les bons papiers qui passent par la prison, mais elles sont très surreprésentées en CRA car le CRA est utilisé comme un complément de punition. 
Les personnes sans papiers subissent plusieurs peines : prison puis cra, puis parfois, expulsion. 


Les suspicions d’infractions  
Même quand iels ne sortent pas de prison, il y a toujours cette logique de réprimer même si ce sont des comportements et pas vraiment des délits. En plus des sortants de prisons, 29,8 % des prisonniers du CRA de Marseille ont été arrétés pour « suspicion d’infraction ». Quand un sans papiers est emmené en contrôle d’identité, c’est la préfecture qui décide si il doit être transféré au CRA, et elle le fera plus pour les « suspectés d’infraction ». Les critères sont évidemment très vagues et il en faut peu pour être désigné.e comme tel. Avoir un petit couteau, ne pas avoir de titre de transport, ou tout autre comportement pour lesquels une personne ayant des papiers ne serait pas plus inquiétée que ça. Même lorsqu’il n’y a rien, c’est l’arbitraire de la préfecture qui tranche, c’est une décision administrative, prise sans audience ni juge. 
Le fait de se retrouver en CRA pour suspicion d’infraction est un deuxième fonctionnement qui donne aussi au CRA un rôle pénal. Parmi les personnes en situation irrégulière, celles qui auront des comportements qui ne plaisent pas aux flics et à la pref auront plus de chances d’être enfermées en CRA, et ce même si aucun vrai délit n’a été commis. De plus appeler « suspecté.es d’infractions » toutes ces personnes, cela donne l’impression qu’elles sont dangereuses et délinquantes, alors qu’il n’y a souvent aucun fait grave commis. C’est assez révélateur de la manière dont les institutions les perçoivent: les personnes sans papiers ne sont en gros rien d’autre que des potentiels criminels.  


Des rôles supposés différents mais assez proche en pratique 
En théorie, le CRA est censé enfermer des personnes pour leur statut (situation irrégulière), et la prison pour des actes commis. Mais dans les faits les deux ont un rôle et un fonctionnement assez similaires. 
Parmi les personnes qui commettent des actes répréhensibles, celles qui vont se retrouver enfermé.es sont les pauvres, les racisé.es, les étrangères… La prison punit bien des actes, mais aussi l’appartenance à une catégorie sociale. 
Le cra de son côté enferme des sans papiers (une catégorie) mais plus fréquemment des sans papiers qui ont commis des actes répréhensibles ou dont on préjuge qu’ils auraient pu ou vont en commettre. Et même si en théorie le cra n’est pas censé avoir ce rôle pénal, c’est plutôt assumé de la part de l’administation de l’utiliser pour ça. 


Au fond, dire que les CRA « ne sont pas censé avoir de rôle pénal » c’est un peu faux. Dans leur principe légal non, mais dans les faits depuis qu’ils existent oui. Et dans les discours des personnes qui y participent aussi, cet enfermement spécifique aux sans papiers est en partie légitimé par le lien fantasmé qu’il y aurait entre immigration et insécurité/dangerosité. Même si la loi ne l’admet pas c’est bien l’un des rôles du CRA: punir une deuxième fois ceux qui l’ont déjà été, et punir une première fois ceux dont on imagine qu’ils pourraient commettre une infraction. 


En fait le CRA a plusieurs rôles.
Toutefois, il y a aussi des prisonnier.es en CRA que la pref n’a pas décidé de désigner comme suspecté.es d’infractions mais qu’elle a décidé d’enfermer quand même (45,8% en france et 23,1% à Marseille). Les profils que l’état associe à la délinquance sont surreprésentés mais il n’y a pas qu’eux. Le CRA  peut éloigner tout sans papiers même le ou la plus « exemplaire ». 
Beaucoup plus d’OQTF5 (et autres mesures d’éloignement) sont délivrées que de personnes ne sont enfermées en CRA. Les OQTF précarisent énormément de monde en France car le fait de ne pas avoir de situation régulière  paralyse toutes démarches (emploi, logement, etc). L’OQTF à elle seule est déjà très pénalisante. Et le fait de savoir qu’en plus on peut se faire arréter et placer en CRA, rajoute un stress, même si ce n’est que 20% des OQTF qui vont aboutir à un placement en CRA, (et seulement 11% qui aboutiront à une expulsion) la menace pèse sur toustes. 


Le CRA a donc plusieurs fonctions:
– être une frontière: expulser des sans papiers et, même pour ceux qui ne passeraient pas par le CRA, leur rappeler constamment la possibilité de s’y retrouver. Même si cela ne suffit pas à tous les expulser comme le voudraient les fascistes avec leur discours de « grand remplacement », cela permet à la fois – aux patrons d’avoir un une main d’oeuvre illégalisée qui acceptera des contrats ne respectant pas le droit du travail, – et de dissuader les sans-papiers de réclamer quoique ce soit. 


– être une prison:  il a aussi comme rôle de punir plus sévèrement les étrangers qui ne respectent pas la loi. Les deux sont vrai : tous les sans papiers peuvent se retrouver en CRA mais ceux qui sont associés à de la délinquance y sont beaucoup plus représentés, parce que l’état estime qu’il est prioritaire de les enfermer eux, même si ça double la punition. Il va même jusqu’à préjuger la dangerosité potentielle d’une bonne part d’entre eux. 
« si tu veux t’intégrer tu dois être irréprochable »: c’est un discours qui légitime de punir plus violement les étranger.es pour la seule raison qu’elles sont étrangèr.es.  
Le CRA est la concrétisation des discours d’extrême droite, à la fois « l’imigration augmente la criminalité » et « le grand remplacement ». 


L’Etat enferme même lorsqu’il ne peut pas expulser. C’est la preuve que l’enfermement est un objectif à part entière. 5684 déportations en 2024, c’est déjà beaucoup trop, évidemment, mais c’est seulement 39,29 % des personnes passant par le CRA qui sont expulsées. (Ces chiffres sont ceux de la métropole, la situattion des cra en outre mer est un peu particulière, voir cette note6). La grande majorité finit par être relachée. L’Etat enferme même lorsqu’il sait que les pays vers lesquels il voudrait expulser ne délivreront pas de laisser-passer et qu’il n’y aura donc pas de déportation possible. À défaut de pouvoir expulser, il enfermera les personnes jusqu’au bout des trois mois quand même. Il faut qu’iels soient puni.es dans tous les cas : pour rallonger une peine de prison, ou pour punir quelqu’un dont on suppose qu’iel pourrait commettre quelque chose, ou tout simplement pour le fait d’être en situation irrégulière. Le CRA a un rôle pénal. 


Des institutions qui se ressemblent, toutes deux néfastes 
Ce serait difficile de lister les similitudes entre les CRA et les prisons tant c’est la même chose. Il y a quand même quelques différences: en CRA les prisonniers ont le droit d’avoir des téléphones (sans caméra, voire sans internet selon les CRA). Il n’y a pas besoin de permis de visite pour faire des parloirs (mais il faut quand même amener un pièce d’identité et à marseille il faut aussi prendre RDV)… Par contre en CRA, il n’y a aucune activité, ce qui rend le temps beaucoup plus long. Le prétendu accompagnement vers la réinsertion qui est mis en avant avec hypocrisie en prison n’existe même pas en CRA. Ce ne sont pas des personnes à « réinsérer » mais que l’on veut faire disparaitre, expulser. C’est d’ailleurs peut-être pour ça qu’il n’y a pas d’activité, qu’il n’y a pas de vrai suivi médical, que les personnes ressortent très souvent en ayant perdu leur logement et leur travail et se retrouvent sans ressources à la rue. 


À part ça, il y peu de différence entre le CRA et la prison. Les deux ont des impacts assez similaires sur la vie des personnes qui y passent : elles en ressortent encore plus précaires, souvent psychologiquement traumatisées, et y retournent souvent plusieurs fois. 
Les deux sont portés par les mêmes ministres qui construisent leurs campagnes sur des politiques sécuritaires, les deux sont construit par les mêmes entreprises qui servent souvent aussi de prestataires pour la lingerie et l’alimentation, et qui font ainsi plein de fric. 


On ne veut ni d’un CRA qui sert à punir, ni d’un CRA qui sert à empécher les gens de vivre ou ils veulent. Ce texte est long mais la solution est simple : ni frontière, ni prison, liberté de circulation ! 







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  1. Ce texte en détaille un peu les enjeux de surpopulation carcérale : https://mars-infos.org/de-plus-en-plus-de-prisonnier-e-s-8396 ↩︎
  2. Ce texte, écrit par divers collectifs anticra en france fait le point sur les projets de constructions de CRA : https://marseilleanticra.noblogs.org/post/2026/02/12/3000-places-denfermement-en-2027/ ↩︎
  3. Les préfectures peuvent également enfermer dans des LRA (locaux de rétention administrative), lieux où la durée de rétention est de 48h avant une expulsion ou un transfert en CRA. Les LRA sont plus difficiles à identifier que les CRA, ils sont créés par arrêté préfectoral et peuvent être localisés dans des commissariats ou des hôtels. ↩︎
  4. Beaucoup de chiffres à propos des CRA cités dans ce texte peuvent être retrouvés dans les rapports publiés chaque année par les associations qui travaillent dans les CRA (qui sont des prestataires de services qui prennent beaucoup d’argent pour faire de « l’accompagnement juridique »). Le dernier rapport sorti est celui de 2024 : https://www.lacimade.org/wp-content/uploads/2025/04/RA_CRA_2024_web.pdf ↩︎
  5. Toujours dans ce même rapports des associations (tableau page 16)  ↩︎
  6. En 2024,  16228 personnes ont été enfermées en CRA Dans l’Hexagone, et 24364 en outre mer dont 22325 spécifiquement à Mayotte. La politique coloniale d’enfemement et d’éloignement est encore pire dans l’Outre Mer.  En outre mer 77,3% des prisonniers en CRA sont expulsés. Ce qui est beaucoup plus que les 39,29% en métropole. ↩︎

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