Appel de l’anticra à rejoindre la mobilisation contre l’ouverture des Baumettes 3

Ce dimanche 22 février aura lieu une manif (départ 16 h place de la providence) puis un plateau radio de soutien aux prisonnières, à 19H place Caffo. Il nous semblait important de rappeler à cette occasion de rappeler le lien entre l’augmentation des places de la maison d’arrêt des baumettes, et la création de nouvelles places en CRA ainsi que la volonté de criminaliser toujours plus les personnes étrangères. 


Enfermer plus de monde et plus longtemps, en CRA comme en prison  
Comme pour l’ouverture des Baumettes 3, la volonté des ministres de l’Intérieur successifs est d’enfermer toujours plus de personnes. Si les prisons sont surpeuplées, si de nouveaux cra sont construits, cela n’a rien à voir avec l’amélioration des conditions d’enfermement comme ils le prétendent. C’est plus du fait de l’augmentation de la criminalisation: les nouvelles prisons construites sont très vite remplies et aussi surpeuplées qu’avant. Les conditions de détention au CRA et en prison restent les mêmes1


En 2023 l’état francais a annoncé un grand plan d’augmentation des capacités de rétention administrative2 afin d’atteindre 3000 places en 2027 en CRA et 200 places en LRA3. En plus de se multiplier sur le territoire français depuis leur légalisation en 1981, les cra enferment plus longtemps, la durée de rétention légale est passée de 24h en 1981 à 90 jours en 2018. En 2017 on était déjà passé de 1400 à 1869 places en CRA, puis 1959 places en 2024. Désormais il y a 8 nouveaux projets de construction de CRA, notamment à Aix en Provence. Cette logique d’augmentation des places en prison et en CRA s’appuie sur un argumentaire raciste et sécuritaire…


L’insécurité et les politiques répressives autoritaires
L’Etat par ses politiques racistes désigne un ennemi intérieur à traquer, à enfermer, à expulser. Cette haine d’un ennemi à la dangerosité fantasmée est un des piliers du fascisme, qu’elle soit portée par des partis explicitement d’extrême-droite ou par d’autres qui se disent « centristes » et lui ouvrent la voie. 
L’obsession autour de la soi-disant insécurité justifie qu’on déshumanise une population, qu’on lui fasse subir la violence de l’isolement, en taule ou en CRA. A Marseille, on a pu voir récemment les opérations de communication qui, prétendant lutter contre le narcotrafic, sont en réalité des rafles dans les quartiers populaires. 


L’Etat désigne des coupables, alors qu’il est responable des contextes sociaux qui les produisent. En effet, 
-tu es plus incité.e voire contraint.e par tes conditions materielles à commettre des faits répréhensibles quand tu es pauvre;
-la police cible surtout les comportements des pauvres et les personnes racisé.es
-la loi condamne plus sévérement et facilement les crimes des pauvres (le vol, la vente de drogues) que ceux des riches (le détournement de fond)
-les juges punissent plus sévérement les personnes ayant des profils qui ne lui ressemblent pas 
Les sans papiers sont sans doute l’exemple le plus poussé de groupe d’individus dont l’état a décidé qu’ils seraient coupables quoi qu’ils fassent puisqu’il ne leur laisse même pas la possibilité d’être en règle


L’état contraint les demandeureuses de papiers à l’illégalité 
En effet, en privant de liberté de circulation et en imposant les critères qui les arrangent pour obtenir des papiers, l’Etat et ses administrations créent les conditions de l’illégalité. Ils restreignent ainsi les possibilités d’accès au logement, à un contrat de travail, à des soins etc. Ces contraintes, les renouvellements de son titre, ainsi que toute les autres démarches administratives, mais également les contrôles de police incessants, précarisent les personnes exilées au quotidien. 
En outre, elles ont plus de chances d’être délogées, de fréquenter les espaces publics soumis à la surveillance policière, de se retrouver à conduire sans permis… Elles subissent davantage de répression et ont d’autant plus de chances de finir en prison. Une fois devant la justice, leur statut les pénalise encore une fois:  il leur est plus difficile d’avoir accès à un soutien juridique de qualité (interprètes, avocat.es choisi.es…), d’avoir les justificatifs pour éviter la comparution immédiate, et iels doivent également faire face à la discrimination des juges…


Les CRA font partie de l’ensemble carcéral 


Dans les faits le CRA ressemble beaucoup aux autres prisons. Vu de l’extérieur on ne fait pas vraiment la différence: des murs qui se veulent infranchissables faits pour isoler les prisonnier.es, et dedans des conditions matérielles insalubres. Les mêmes fouilles pour les proches qui viennent en parloir et des cours de promenades qui laissent entrevoir un demi-ciel derrière un grillage. 


Enchaîner prison puis CRA 
Beaucoup de prisonnier.es perdent leur titre de  séjour et se voient délivrer une OQTF pendant leur peine. Et à leur sortie iels sont emmené.es directement au CRA parfois même sans avoir été prévenu.es. 
Ce passage en CRA après la prison est quasi systématique, au point qu’à Marseille  en 2024, 47,1 %4 de personnes enfermées en CRA sortent de prison. Il est tout à fait admis que les personnes n’ayant pas les bons papiers sont punies plus sévèrement que les autres : Iels prennent la même peine de prison qu’une autre personne qui aurait commis les mêmes faits, mais en plus iels vont se retrouver enfermé.es en CRA voire vont être expulsé.es. 
En réalité, il n’y a qu’une petite partie parmi les personnes qui n’ont pas les bons papiers qui passent par la prison, mais elles sont très surreprésentées en CRA car le CRA est utilisé comme un complément de punition. 
Les personnes sans papiers subissent plusieurs peines : prison puis cra, puis parfois, expulsion. 


Les suspicions d’infractions  
Même quand iels ne sortent pas de prison, il y a toujours cette logique de réprimer même si ce sont des comportements et pas vraiment des délits. En plus des sortants de prisons, 29,8 % des prisonniers du CRA de Marseille ont été arrétés pour « suspicion d’infraction ». Quand un sans papiers est emmené en contrôle d’identité, c’est la préfecture qui décide si il doit être transféré au CRA, et elle le fera plus pour les « suspectés d’infraction ». Les critères sont évidemment très vagues et il en faut peu pour être désigné.e comme tel. Avoir un petit couteau, ne pas avoir de titre de transport, ou tout autre comportement pour lesquels une personne ayant des papiers ne serait pas plus inquiétée que ça. Même lorsqu’il n’y a rien, c’est l’arbitraire de la préfecture qui tranche, c’est une décision administrative, prise sans audience ni juge. 
Le fait de se retrouver en CRA pour suspicion d’infraction est un deuxième fonctionnement qui donne aussi au CRA un rôle pénal. Parmi les personnes en situation irrégulière, celles qui auront des comportements qui ne plaisent pas aux flics et à la pref auront plus de chances d’être enfermées en CRA, et ce même si aucun vrai délit n’a été commis. De plus appeler « suspecté.es d’infractions » toutes ces personnes, cela donne l’impression qu’elles sont dangereuses et délinquantes, alors qu’il n’y a souvent aucun fait grave commis. C’est assez révélateur de la manière dont les institutions les perçoivent: les personnes sans papiers ne sont en gros rien d’autre que des potentiels criminels.  


Des rôles supposés différents mais assez proche en pratique 
En théorie, le CRA est censé enfermer des personnes pour leur statut (situation irrégulière), et la prison pour des actes commis. Mais dans les faits les deux ont un rôle et un fonctionnement assez similaires. 
Parmi les personnes qui commettent des actes répréhensibles, celles qui vont se retrouver enfermé.es sont les pauvres, les racisé.es, les étrangères… La prison punit bien des actes, mais aussi l’appartenance à une catégorie sociale. 
Le cra de son côté enferme des sans papiers (une catégorie) mais plus fréquemment des sans papiers qui ont commis des actes répréhensibles ou dont on préjuge qu’ils auraient pu ou vont en commettre. Et même si en théorie le cra n’est pas censé avoir ce rôle pénal, c’est plutôt assumé de la part de l’administation de l’utiliser pour ça. 


Au fond, dire que les CRA « ne sont pas censé avoir de rôle pénal » c’est un peu faux. Dans leur principe légal non, mais dans les faits depuis qu’ils existent oui. Et dans les discours des personnes qui y participent aussi, cet enfermement spécifique aux sans papiers est en partie légitimé par le lien fantasmé qu’il y aurait entre immigration et insécurité/dangerosité. Même si la loi ne l’admet pas c’est bien l’un des rôles du CRA: punir une deuxième fois ceux qui l’ont déjà été, et punir une première fois ceux dont on imagine qu’ils pourraient commettre une infraction. 


En fait le CRA a plusieurs rôles.
Toutefois, il y a aussi des prisonnier.es en CRA que la pref n’a pas décidé de désigner comme suspecté.es d’infractions mais qu’elle a décidé d’enfermer quand même (45,8% en france et 23,1% à Marseille). Les profils que l’état associe à la délinquance sont surreprésentés mais il n’y a pas qu’eux. Le CRA  peut éloigner tout sans papiers même le ou la plus « exemplaire ». 
Beaucoup plus d’OQTF5 (et autres mesures d’éloignement) sont délivrées que de personnes ne sont enfermées en CRA. Les OQTF précarisent énormément de monde en France car le fait de ne pas avoir de situation régulière  paralyse toutes démarches (emploi, logement, etc). L’OQTF à elle seule est déjà très pénalisante. Et le fait de savoir qu’en plus on peut se faire arréter et placer en CRA, rajoute un stress, même si ce n’est que 20% des OQTF qui vont aboutir à un placement en CRA, (et seulement 11% qui aboutiront à une expulsion) la menace pèse sur toustes. 


Le CRA a donc plusieurs fonctions:
– être une frontière: expulser des sans papiers et, même pour ceux qui ne passeraient pas par le CRA, leur rappeler constamment la possibilité de s’y retrouver. Même si cela ne suffit pas à tous les expulser comme le voudraient les fascistes avec leur discours de « grand remplacement », cela permet à la fois – aux patrons d’avoir un une main d’oeuvre illégalisée qui acceptera des contrats ne respectant pas le droit du travail, – et de dissuader les sans-papiers de réclamer quoique ce soit. 


– être une prison:  il a aussi comme rôle de punir plus sévèrement les étrangers qui ne respectent pas la loi. Les deux sont vrai : tous les sans papiers peuvent se retrouver en CRA mais ceux qui sont associés à de la délinquance y sont beaucoup plus représentés, parce que l’état estime qu’il est prioritaire de les enfermer eux, même si ça double la punition. Il va même jusqu’à préjuger la dangerosité potentielle d’une bonne part d’entre eux. 
« si tu veux t’intégrer tu dois être irréprochable »: c’est un discours qui légitime de punir plus violement les étranger.es pour la seule raison qu’elles sont étrangèr.es.  
Le CRA est la concrétisation des discours d’extrême droite, à la fois « l’imigration augmente la criminalité » et « le grand remplacement ». 


L’Etat enferme même lorsqu’il ne peut pas expulser. C’est la preuve que l’enfermement est un objectif à part entière. 5684 déportations en 2024, c’est déjà beaucoup trop, évidemment, mais c’est seulement 39,29 % des personnes passant par le CRA qui sont expulsées. (Ces chiffres sont ceux de la métropole, la situattion des cra en outre mer est un peu particulière, voir cette note6). La grande majorité finit par être relachée. L’Etat enferme même lorsqu’il sait que les pays vers lesquels il voudrait expulser ne délivreront pas de laisser-passer et qu’il n’y aura donc pas de déportation possible. À défaut de pouvoir expulser, il enfermera les personnes jusqu’au bout des trois mois quand même. Il faut qu’iels soient puni.es dans tous les cas : pour rallonger une peine de prison, ou pour punir quelqu’un dont on suppose qu’iel pourrait commettre quelque chose, ou tout simplement pour le fait d’être en situation irrégulière. Le CRA a un rôle pénal. 


Des institutions qui se ressemblent, toutes deux néfastes 
Ce serait difficile de lister les similitudes entre les CRA et les prisons tant c’est la même chose. Il y a quand même quelques différences: en CRA les prisonniers ont le droit d’avoir des téléphones (sans caméra, voire sans internet selon les CRA). Il n’y a pas besoin de permis de visite pour faire des parloirs (mais il faut quand même amener un pièce d’identité et à marseille il faut aussi prendre RDV)… Par contre en CRA, il n’y a aucune activité, ce qui rend le temps beaucoup plus long. Le prétendu accompagnement vers la réinsertion qui est mis en avant avec hypocrisie en prison n’existe même pas en CRA. Ce ne sont pas des personnes à « réinsérer » mais que l’on veut faire disparaitre, expulser. C’est d’ailleurs peut-être pour ça qu’il n’y a pas d’activité, qu’il n’y a pas de vrai suivi médical, que les personnes ressortent très souvent en ayant perdu leur logement et leur travail et se retrouvent sans ressources à la rue. 


À part ça, il y peu de différence entre le CRA et la prison. Les deux ont des impacts assez similaires sur la vie des personnes qui y passent : elles en ressortent encore plus précaires, souvent psychologiquement traumatisées, et y retournent souvent plusieurs fois. 
Les deux sont portés par les mêmes ministres qui construisent leurs campagnes sur des politiques sécuritaires, les deux sont construit par les mêmes entreprises qui servent souvent aussi de prestataires pour la lingerie et l’alimentation, et qui font ainsi plein de fric. 


On ne veut ni d’un CRA qui sert à punir, ni d’un CRA qui sert à empécher les gens de vivre ou ils veulent. Ce texte est long mais la solution est simple : ni frontière, ni prison, liberté de circulation ! 







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  1. Ce texte en détaille un peu les enjeux de surpopulation carcérale : https://mars-infos.org/de-plus-en-plus-de-prisonnier-e-s-8396 ↩︎
  2. Ce texte, écrit par divers collectifs anticra en france fait le point sur les projets de constructions de CRA : https://marseilleanticra.noblogs.org/post/2026/02/12/3000-places-denfermement-en-2027/ ↩︎
  3. Les préfectures peuvent également enfermer dans des LRA (locaux de rétention administrative), lieux où la durée de rétention est de 48h avant une expulsion ou un transfert en CRA. Les LRA sont plus difficiles à identifier que les CRA, ils sont créés par arrêté préfectoral et peuvent être localisés dans des commissariats ou des hôtels. ↩︎
  4. Beaucoup de chiffres à propos des CRA cités dans ce texte peuvent être retrouvés dans les rapports publiés chaque année par les associations qui travaillent dans les CRA (qui sont des prestataires de services qui prennent beaucoup d’argent pour faire de « l’accompagnement juridique »). Le dernier rapport sorti est celui de 2024 : https://www.lacimade.org/wp-content/uploads/2025/04/RA_CRA_2024_web.pdf ↩︎
  5. Toujours dans ce même rapports des associations (tableau page 16)  ↩︎
  6. En 2024,  16228 personnes ont été enfermées en CRA Dans l’Hexagone, et 24364 en outre mer dont 22325 spécifiquement à Mayotte. La politique coloniale d’enfemement et d’éloignement est encore pire dans l’Outre Mer.  En outre mer 77,3% des prisonniers en CRA sont expulsés. Ce qui est beaucoup plus que les 39,29% en métropole. ↩︎

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3000 places d’enfermement en 2027 ?

Actualité des projets de construction de nouveaux CRA et des luttes sur place

En 2023, après 40 ans de durcissement de lois anti-immigration et de politiques racistes, l’État français, a annoncé un grand plan d’augmentation des capacités de rétention administrative, afin d’atteindre 3000 places en 2027 en Centres de Rétention Administrative (CRA) et Locaux de Rétention Administrative (LRA). Deux ans après ces annonces, où en sont les constructions et les luttes qui sont nées dans les villes concernées ?

CRA ET RACISME D’ETAT

Les centres de rétention administrative sont des prisons pour personnes étrangères, issues du contexte colonial français[1]. Depuis la légalisation des CRA en 1981, et les premières constructions en 1984 ils sont devenus un rouage indispensable de la répression raciste et carcérale que subissent les personnes étrangères en France. Les CRA se sont multipliés sur tout le territoire, et la durée maximale d’enfermement a été progressivement allongée, passant de 24h en 1981, à 90 jours en 2018. Les préfectures peuvent également enfermer dans des LRA, lieux où la durée de rétention est de 48h avant une expulsion ou un transfert en CRA. Les LRA sont plus difficiles à identifier que les CRA, ils sont créés par arrêté préfectoral et peuvent être localisés dans des commissariats ou des hôtels. En 2023 c’est plus de 200 nouvelles places en LRA qui ont été annoncées. Nous ne disposons pas d’informations précises sur tous ces projets. L’État enferme en théorie pour expulser mais pas seulement. Par exemple les autorités consulaires algériennes ne délivrent plus de laissez-passer depuis des mois mais les juges continuent d’enfermer les ressortissant.es algérien•nes (qui représentent environ un tiers des retenu.es aujourd’hui). Cet exemple illustre parfaitement le caractère colonial de la rétention ainsi que sa fonction première : celle de punir, d’humilier et de briser les personnes étrangères.  Dans les CRA, l’arbitraire des flics fait loi. Tous les jours, les flics humilient, insultent, provoquent, frappent. Les prisonnier•es sont, entre autres, privé•es de soin, privé•es d’une alimentation correcte. Si toutes les taules sont des lieux de torture, les personnes ayant fait l’expérience des différents types d’enfermement insistent souvent sur le fait que le CRA c’est le pire.

Pour pouvoir enfermer plus, l’État a besoin de plus de places en CRA : en 2017 est enclenchée la première phase du « plan CRA ». Plusieurs CRA existants sont agrandis, faisant passer le nombre de places en CRA de 1400 à 1869 : des travaux sont réalisés dans les CRA de Strasbourg, Nîmes, Metz, Mesnil-Amelot, Lyon, Coquelles, Lille et Hendaye. Deux nouveaux CRA ouvrent : à Lyon en 2022 et à Olivet (près d’Orléans) en 2024. Des projets de construction de nouveaux CRA sont lancés à Bordeaux, à Nice et au Mesnil-Amelot.

En 2023, Darmanin annonce la deuxième phase de ce « plan CRA », c’est-à-dire la construction de 8 nouveaux CRA d’ici 2027, pour atteindre une capacité d’enfermement de 3000 places – le tout pour la modique somme de 240 millions d’euros sur 4 ans. Au total on parle donc de 11 projets de construction annoncés depuis 2022. Où en sont ces projets ?

« PLAN CRA » : 8 NOUVEAUX CRA EN 2027, OÙ EN SONT LES CONSTRUCTIONS ET QUELLES LUTTES SUR PLACE ?

On peut tout de suite dire qu’il y a pas mal de retard sur les constructions. Un rapport commandé par une sénatrice LR indique que les 3000 places ne seront finalement atteintes qu’en 2029, et fournit quelques éléments de calendrier : Bordeaux et Dunkerque en 2026, Dijon en 2027, Nantes, Béziers, Oissel (Seine-Maritime) et le site Périchet au Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) en 2028, et Aix-en-Provence en 2029. Le rapport ne cite donc que 8 des 11 projets initialement évoqués dans les annonces de Darmanin en 2023 (Goussainville, Nice et Mayotte ne sont plus évoqués).

Des collectifs ou coalitions d’organisations se sont constitués dans plusieurs villes concernées par les nouvelles constructions, ce qui permet aujourd’hui d’avoir des retours sur l’avancement des projets. Petit état des lieux :

Aix en Provence : très peu d’informations sur le projet ; la maire d’Aix-en-Provence s’est prononcée contre la construction d’un CRA sur la zone prévue, censée servir le développement économique de la ville. Le plus proche collectif est l’assemblée contre les CRA de Marseille, qui se mobilise contre le CRA situé dans leur ville. Leur blog : https://marseilleanticra.noblogs.org/

    – Béziers : dans ce fief de l’extrême droite, il est sans doute superflu de préciser que le maire, Robert Ménard, fait du zèle pour que le projet voit le jour sur sa commune. Le terrain sélectionné se situe à côté de la prison actuelle : il s’agit d’un terrain qui appartenait à la collectivité et qui a été cédé à l’État. A l’heure actuelle il est non constructible, une modification du PLU devrait bientôt être votée. Il est censé ouvrir fin 2027. Il y a un collectif qui se mobilise sur place, leur instagram : @anticra34 

    – Dijon : l’ouverture d’un CRA de 140 places est prévue pour 2027, à côté de l’aéroport, sur la commune de Longvic. Le chantier doit commencer en 2026 et c’est Vinci qui a remporté une bonne partie de l’appel d’offre. 

Il y a un petit groupe local à Longvic qui a fait une pétition, qui n’évoque pas forcément les mêmes raisons que le collectif antiCRA de Dijon. Ce dernier collectif a organisé une manifestation à Dijon en avril 2025, ainsi que 3 évènements à Longvic. La maire de Dijon (PS) s’est prononcée pour le projet.

Une manifestation sera organisée par l’antiCRA Dijon le 18 avril 2026. Leur instagram : @anticra.dijon et facebook : Collectif Dijon antiCRA.

    – Dunkerque : un CRA de 140 places en construction à Loon-Plage, sur un terrain du Grand Port Maritime de Dunkerque. L’appel d’offre a été remporté par la société Spie Batignolles Nord et les travaux ont commencé, entourés de palissades. L’ouverture est prévue pour mars 2027. En novembre 2025 une association de défense de l’environnement a déposé un recours administratif contre le permis de construire, qui n’a pas encore été audiencé. Un collectif existe sur place et a organisé plusieurs évènements (soirée, ciné-débat). Leur blog : https://dunkerqueanticra.noblogs.org/

     – Goussainville (près de Paris) : un CRA de 140 places devrait être construit dans le nord de Paris, à côté de l’aéroport Charles de Gaulle. Si le CRA devait initialement être situé en plein centre-ville, le maire semble avoir négocié pour qu’il soit construit plutôt sur un terrain en périphérie de la ville. Une modification du PLU nécessaire à la construction a été votée lors d’un conseil municipal en juillet 2025, mais depuis il y a peu d’informations sur l’avancée du projet (avec les municipales qui approche, le projet semble peu porteur électoralement dans cette ville dont une grande partie de la population est issue de l’immigration). 

L’assemblée contre les CRA d’Ile de France tente d’informer localement sur le projet et de construire une mobilisation ; plusieurs réunions publiques ont eu lieu, ainsi qu’un tournoi de foot anti-CRA en octobre 2024 pour diffuser de l’information. Leur blog : abaslescra.noblogs.org

     – Mayotte : selon l’annonce de 2023, un nouveau CRA de 140 places devait être construit à Koungou, venant doubler le nombre de places en CRA à Mayotte, où il existe déjà un CRA à Pamandzi. Mais depuis, pas de nouvelles du projet.

     – Mérignac (près de Bordeaux) : Un premier projet à Pessac a été rejeté suite à une opposition des habitant.es, mais qui était principalement basée sur des motifs racistes. Les travaux du CRA à Mérignac ont commencé à l’automne 2024, et le CRA est censé ouvrir à l’automne 2026. Le maire de Merignac est favorable au projet. Les entreprises impliquées sont notamment : Bouygues, SGAMI Sud-Ouest, DHA- Architecture (Paris), Groupe CETAB, HTM- Bureau d’Étude (Bidart), IDB Acoustique, SAMOP Aquitaine, APAVE- Bureau de contrôle, A+R Paysages.

Il existe un collectif avec des partis (LFI, NPA..) et des associations locales (Cimade, Asti ..), qui ont notamment tenté plusieurs recours juridiques qui ont échoués. Des manifestations et vélorutions ont été organisées.

Il existe aussi un collectif AntiCRA autonome dont l’instagram est @bordeaux.anticra.

Bonne nouvelle ! On vient d’apprendre par la presse local que le CRA de Merignac, dont le chantier est en cours, à subit de lourdes dégradations autour du 19-20 janvier 2026 : « Grillage découpé, système de vidéosurveillance anéanti, vitres étoilées, câbles électriques arrachés, canalisations d’eau endommagées, carrelage brisé, murs dégradés, mousse expansive déversée dans des siphons, etc. Le ou les auteurs qui ont vandalisé les bâtiments du futur centre de rétention administrative (CRA) de Mérignac ont dévasté une grande partie du site. » Les dégâts s’élèveraient à plus de 100 000 euros…

plus d’info à lire ici : https://lagrappe.info/?Merignac-Saccage-en-regle-du-chantier-du-centre-de-retention-1822

     – Nice ou Grasse ou quelque part dans les Alpes Maritimes : si le nouveau CRA des Alpes-Maritime devait initialement être construit à Nice, à côté de l’aéroport, finalement il s’avère que le terrain est inondable. Depuis c’est un vrai feuilleton pour savoir où sera construit le nouveau CRA et qui sera le plus fasciste : Estrosi (le maire de Nice) proposait à la base de construire un LRA (local de rétention administrative) à Nice ; Ciotti (député) s’insurge que ça serait trop petit et qu’il y a besoin d’un CRA ; en juin 2025, Retailleau le rassure en lui parlant d’un projet à l’étude pour le construire à Grasse, mais finalement Viaud (le maire de Grasse) refuse le projet : eh oui, il avait déjà prévu d’utiliser ce terrain pour doubler la capacité de la prison (la plus grande du département). Nous n’avons pas encore d’écho de collectif sur place, mais bon courage à elleux !

     – Oissel : le début des travaux pour la construction d’un nouveau CRA de 140 places, dans une ville qui en compte déjà un de 70 places, sont prévues pour mai 2026. Nous n’avons pas non plus d’informations concernant un collectif sur place.

    Nantes : les travaux pour un CRA de 140 places devraient commencer en 2026. Il est aussi prévu la construction d’une annexe du tribunal et d’un stand d’entrainement au tir pour la PAF (police aux frontières).  Les entreprises à qui a été confiée la maitrise d’ouvrage sont EGIS Conseil et Alma Consulting, et l’entreprise principale en charge des travaux est Léon Grosse. Deux manifestations ont déjà été organisées contre le projet ainsi qu’un festival, plusieurs réunions publiques et des actions de blocage des bureaux d’EGIS. 

     La maire Johanna Rolland (PS) a communiqué son « opposition de principe » au projet mais a sorti un plan sécuritaire en 2022, conçu avec Darmanin : l’installation de plus de 100 caméras, des recrutements policiers massifs et la construction d’un CRA dans le 44.

     En octobre 2025, on a appris que l’état avait pour projet de construire un LRA dans le commissariat de police Waldeck-Rousseau (le commissariat principal de Nantes). Actuellement, des algecos sont en place dans l’arrière cour mais il y a du retard dans la mise aux normes et la sortie de l’arrêté.

     Sur place il y a un collectif antiCRA 44, qui est notamment en lien avec le Network Against Migrant Detention, un réseau Italo-Albanais qui s’est formé contre les accords d’externalisation des frontières et la construction des CPR italiens en Albanie. Leur instagram : @anticra44. 

     Il y a également une coalition d’organisations, partis, collectifs, associations et individus qui lutte contre le projet, appelée Colère Nantes. Leur site internet : www.colere-nantes.fr. Iels organisent notamment un festival anticra le samedi 4 avril 2026 par Colere Nantes.

Rouillé: la préfecture de la Vienne prévoit en 2024 la création d’un LRA de 6 places dans une ancienne gendarmerie d’autoroute, au bord de l’A10. Une réunion d’information publique permet la création d’un collectif local, dans cette petite ville qui a connu un camp d’internement vichyste pendant la 2ème guerre mondiale. Plusieurs actions (rassemblement, manif à vélo, ciné-débats) mobilisent les habitant•es. Pétitions et informations sur https://c.org/jQ4FxP4PZc ou par email (collectifrouilleantiLRA@proton.me)

UN PLAN QUI S’INSÈRE DANS UN PROJET POLITIQUE BIEN PRÉCIS, RACISTE ET CARCÉRAL

Ce plan de construction arrive comme l’aboutissement de deux dynamiques à l’œuvre ces dernières années : d’un côté un durcissement des politiques anti-immigration rendant de plus en plus difficile l’accès aux papiers pour toutes les personnes n’ayant pas la nationalité française (loi Darmanin de 2024, suspension de la circulaire Valls) ; et de l’autre une criminalisation croissante des personnes étrangères érigées comme responsables de tous les problèmes de la société. .. 

Un bon exemple est la construction médiatique autour du féminicide de Philippine, allant jusqu’à justifier un projet d’allongement de la durée de rétention à 210 jours².

Les répercussions de ces politiques sont concrètes, et conformément à ce qu’avait exigé Darmanin, justice administrative et justice pénale avancent de plus en plus main dans la main pour détruire la vie des personnes étrangères. De 2017 à 2024, le pourcentage de personnes sortant de prison parmi les personnes retenues en CRA est passé de 8,5% à 28,2%. Cela devient la première modalité d’entrée au CRA, juste devant les arrestations pour « suspicion d’infraction » (26%). La figure de l’étranger délinquant à expulser est bien pratique pour ces fachos : elle permet de maintenir dans la peur et de discipliner toutes les personnes à qui on pourrait retirer les papiers, pour les obliger à accepter des conditions de vie et d’exploitation toujours pires.

Le CRA devient alors une annexe de la taule classique, un lieu pour envoyer toutes les personnes à qui on applique la double peine. Cette double peine passe par plusieurs mécanismes : rendre quasiment impossible le renouvellement des titres de séjour pour les personnes en situation régulière à leur entrée en prison, ce qui permet de les envoyer en CRA directement à leur sortie de prison ; mais aussi sanctionner d’un refus de renouvellement de titre de séjour et d’une OQTF pour « menace à l’ordre public » les personnes ayant eu le malheur de s’être retrouvées un jour entre les mains des flics ou des juges (garde à vue, déferrement…).

La rétention permet d’enfermer des personnes étrangères sans jugement, comme une voie de décharge de la justice pénale et de l’usine des comparutions immédiates. En effet, il est possible d’enfermer tous•tes celleux qui sont arrêté•es dans la rue pour tout et n’importe quoi et sans besoin de preuve pour « suspicion d’infraction ». Iels ne passent pas devant le juge pénal, il n’y a pas de poursuite, mais iels sont quand même envoyé•es au CRA avec une OQTF. Dans les juridictions, la préfecture désigne elle même cette pratique comme « le choix de donner une orientation administrative au dossier ».

LA SUITE ?

Plus que jamais, le contexte nous le rappelle : la lutte contre les CRA doit être une lutte contre les taules et toutes les formes d’enfermement. S’opposer par tous les moyens aux projets de construction actuels est une manière de mettre un caillou dans la machine bien huilée du racisme d’État et de l’enfermement. Sans cet outil répressif, l’application des politiques anti-immigration est plus difficile.

Alors continuons à lutter contre ces projets et mettons-nous en lien pour nous y opposer partout et avec plus de force ! 

En 2026, des dates de mobilisations nationales sont appelées dans plusieurs lieux pour s’opposer à ces projets.

Des appels circulerons via les différents collectifs locaux, y’aura besoin de soutien !

Ce texte a été écrit conjointement par différents collectifs qui luttent contres les CRA et le racisme d’État.

Notes

  1. Si vous voulez plus d’infos sur l’histoire de ces lieux d’enfermement racistes, vous pouvez consulter cet article de la revue Z « arenc le matin des centre de rétentions : enquête sur l’enfermement des étrangers à Marseille de 1962 à 2006 » n°2 2009 : https://shs.cairn.info/revue-z-2009-2-page-14
  2. 2) Cette disposition a finalement été bloquée sur la forme par le conseil constitutionnel, mais risque bien d’être proposée sous une nouvelle forme dans une prochaine loi

Ce texte a été ecrit conjointement par différents collectifs qui luttent contre les CRA et le racisme d’état.